La maladie de la fin

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Elle est partout. Elle est en toi, parfois. A côté de toi, souvent. Toujours là à roder autour de toi.

Elle ne s’éloigne jamais vraiment. Lorsqu’elle trouve sa proie elle vient lui sucer le sang. La sangsue la draine et la rend malade, faible, la peau sur les os.

La maladie la fait mentir aussi, souvent.

La maladie la coupe du monde.

La maladie l’isole, l’esseule.

La maladie la fatigue, beaucoup.

« Mais ça ne me fait rien ». « Tout va bien, ne t’en fais pas »

Tu fais semblant de ne rien voir.

A l’intérieur, tu brûles, tu cries. Tu assistes à cette lente décomposition de son corps. Tu assistes à cette descente aux enfers. La vie se remplit de mensonges. De repas sautés. De cookies partagés en 10 petites parts égales. Temps gagné. Une seule miette est un combat.

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Tu as compris toutes ses astuces. Tu as dévoilé tous ses stratagèmes. La victime ment très bien, mais toi tu as l’oeil. Non, en fait la victime ne trompe personne sauf elle-même. Tout le monde est au courant. Sur chaque aliment est inscrit en lettres rouges le nombre de calories qu’il contient.

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Tu t’interroges sur la raison de ce gros mal-être. Comment peut-on en venir à se faire autant de mal ? Un mal muet…Un mal invisible et pourtant bien là. Quel a été le déclencheur ? Sur quel bouton appuyer pour que tout redevienne normal ? Le bouton de retour en arrière ? Comment peut-on croire que tout est normal ?

Tu assistes à cette chute, impuissante et tremblante. Tu ne dis rien.

Que faut-il faire ? En parler ? Continuer à ne rien faire ?

Tu te sens victime et coupable. Responsable.

Comment peut-on sortir de « ça » ?

Tu lis des ouvrages.

Tu essayes de comprendre. Mais ton cerveau s’y refuse.

Ca te touche très profondément. Tu t’y identifies. Les ondes de choc remontent à la surface. En sous-marin c’est un séisme qui t’atteint.

Mais tu ne comprends toujours pas. Que faire, que dire ? Quelle est LA solution ?

Comment peut-elle guérir de cette maladie ?

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Elle saute tous les repas. Ne parle à plus personne. Son frigo est vide. Ses placards aussi. Ca te glace le sang. Cette absence de vie. Tu ne comprends rien. Alors tu continues à fermer les yeux. Jusqu’à ce que…la sangsue la lâchera t-elle un jour ? Peut-être, tu espères. Jamais, tu n’es pas naïve.

Que faire…à part se taire… ?

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(Crédits photo Unsplash)

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40 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. So dit :

    Bravo pour ce texte…C’est une maladie très dure qui s’invite en nous sans qu’on s’en rende compte et un jour on l’apprend et revenir en arrière est très difficile. J’ai fait de l’anorexie mentale, je ne me trouvais pas « grosse » (je faisais du 34!) mais j’étais mal et petit à petit sans que je m’en rende compte mon appétit a diminué… je n’arrivais plus à manger, une bouchée et j’avais une boule dans la gorge qui me signifiait stop…
    Je portais des vêtements larges et c’est lors d’une banale visite chez ma dermato, qui a signifiait à ma mère que j’étais bien trop « maigre » pour mon âge. S’en ai suivi des visites chez le docteur qui m’a alerté sur le fait que je devrais être hospitalisée.. mais comme il me connaissait, il m’a laissé une chance et m’a suivi chaque semaine. Il m’a dit de manger ce que j’avais envie, quand j’avais envie.. Le souci est que je n’avais jamais envie de manger.. je refusais de me nourrir car je refusais de vivre et je ne m’en rendais même pas compte..
    Quand il m’a ouvert les yeux, avec l’aide de ma famille qui m’a beaucoup soutenu, je me suis forcée à manger une bouchée de plus que d’habitude… puis deux… puis trois..
    Ma mère m’a beaucoup aidé et me proposait toutes sortes de choses pour juste me redonner envie de « vivre ».. Je m’en suis sortie même si j’ai longtemps senti que c’était là, latent, prêt à ressurgir à chaque instant.
    Dès que mon appétit baissait, je veillais et je faisais en sorte de comprendre ce qui n’allait pas afin de ne pas retomber dans cette maladie…

    Je te souhaite beaucoup de courage, car c’est très dur, et surtout entoure-la, comme tu le fais… les proches comptent beaucoup.. se sentir aimée, importante, ça aide beaucoup pour se sentir mieux et avoir la force de se battre.

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    1. ColombesMum dit :

      Merci pour ton témoignage poignant. C’est bien de voir que l’on peut s’en sortir. Ta maman t’a épaulée, a réagi, et le médecin a bien fait de l’alerter aussi. Merci pour ton soutien.

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  2. kinny dit :

    « Que faire…à part se taire… ? » oh non ne surtout pas se taire mais parler au contraire, exprimer ses sentiments, inviter à verbaliser, accompagner.
    « Non, en fait la victime ne trompe personne sauf elle-même. » je ne crois pas que la victime se mente à elle-même, elle connait très bien son état, « tout le monde est au courant » … mais personne ne dit rien?!! il faut dire au contraire, ne pas fermer les yeux, ne pas rentrer dans ce jeu de mensonges. Je crois que l’anorexique a besoin de se nourrir de paroles avant de parvenir à se nourrir. Je dirais que c’est une maladie de la communication qui ne touche pas seulement l’anorexique mais tout son entourage, elle peut être alors le révélateur d’un dysfonctionnement familial.

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    1. ColombesMum dit :

      Merci pour votre commentaire qui me semble tout à fait juste.

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  3. Je découvre ton article, poignant. Que c’est difficile d’être spectateur et de se sentir tellement impuissant … J’ai connu des personnes anorexiques qui s’en sont sorties, suite à un séjour dans un centre … C’est très dur semble-t-il mais apparemment efficace… Je te souhaite de trouver l’issue en tout cas. Plein de courage et de réconfort.
    Virginie

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    1. ColombesMum dit :

      Merci pour ton témoignage. J’ai vraiment du mal à conseiller mon amie dans ce sens mais c’est sans doute ce qu’elle devrait faire. Avouer aussi sa maladie serait un premier pas…

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  4. tobemummysite dit :

    J’ai vécu cela, de l’intérieur. J’ai été anorexique-boulimique 6 ans, de mes 18 à mes 24 ans. C’est terrible… J’ai eu l’immense chance de ne jamais atteindre le point de non-retour, celui où tu es enfermée à l’hôpital avec un contrat de gavage à la clé. Mais j’ai lutté, j’ai beaucoup maigri, souffert. C’était, je pense, ma manière d’extérioriser beaucoup de souffrances, de dire « non » à la vie sans que ce soit vraiment conscient. Puis il a fallu un simple élément déclencheur: mon indépendance, le renouveau de mon couple, et j’ai retrouvé le goût de vivre et un comportement alimentaire sain. Je pense qu’il s’agit souvent de trouver ce « truc », cette clé qui permettra d’ouvrir ce qui est une véritable prison mentale. C’est difficile, autant pour la personne atteinte que son entourage. Qui que ce soit, je te souhaite beaucoup de courage et, crois-moi, on s’en sort.

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    1. ColombesMum dit :

      Merci beaucoup tobemummy pour ton témoignage. C’est rassurant de voir qu’on peut sortir de cette prison comme tu le décris justement. Merci pour ce message d’espoir. ❤️

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  5. Je suis sans voix après ces lignes. Je n’ai jamais été confrontée à cette maladie, mais on ne peut qu’être touchée par tes mots.

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    1. ColombesMum dit :

      Merci. Je te souhaite alors de rester toujours loin de cette maladie destructrice…

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  6. Maman BCBG dit :

    Cette maladie est une saleté sans nom.
    j’espère que la prise en charge (et aussi la prévention, car je suis persuadé que nous pouvons faire plus dans la prévention de ce mal) s’améliore… Bon courage en tout cas, être témoin, ce n’est pas facile non plus….

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    1. ColombesMum dit :

      Merci pour ton commentaire maman BCBG, tu as tout bien résumé.

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  7. Texte lourd poignant. J’aurais aimé avoir une idée, un conseil, quelque chose pour t’aider… mais la seule fois où j’ai été confrontée de près à cette maladie, c’était face à une étudiante de ma classe de 1ere année qui mangeait une pomme en tout et pour tout le midi… ce n’est qu’à son hospitalisation que nous avons brutalement comprit qu’elle mangeait une pomme en tout et pour tout dans toute une journée 😦
    Un vrai sale truc.

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    1. ColombesMum dit :

      Outch…oui une vraie saleté de maladie bien tabou qu’on ne connaît pas assez…merci pour ton commentaire.

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  8. Ton texte est sombre et poignant ! Je me sens concernée car j’ai moi-même été touchée par cette maladie, enfin plutôt l’inverse, celle où tu crois que mettre deux doigts au fond de la bouche t’aider à e sentir mieux. Généralement l’entourage n’est pas le mieux placé pour aider, juste accompagner et écouter sans juger. Ne pas dire ça passera tout seul ou encore il suffit qu’elle le decide pour arrêter. Et même quand on s’en sort, on a toujours un rapport particulier avec la nourriture !
    Je t’embrasse

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    1. ColombesMum dit :

      Merci pour ton témoignage Clarisse. En écrivant l’article j’avais pensé aussi à toi, car j’avais lu ton bel article. En effet le rapport compliqué à la nourriture reste….c’est une dure maladie qui isole et que l’on a beaucoup de mal à soigner, alors que ce n’est pas du tout anodin! J’espère qu’un jour on pourra progresser dans le traitement (psychique, médicamenteux, autre) de ces troubles!

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  9. mamansurlefil dit :

    J’ai eu une amie de vacances, que je revoyais tous les ans, qui s’est trouvée dans ce cas… J’étais ado et j’y repense encore souvent… Il est très compliqué de réagir correctement, de les voir s’enfoncer sans savoir quoi faire… Sans les brusquer, sans les offenser… Bref plein de réconfort à toi et plein de courage à toutes les personnes atteintes de cette maladie insidieuse

    Virginie

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    1. ColombesMum dit :

      Merci pour ton témoignage. C’est exactement ça. Ça demande beaucoup d’énergie de porter ces personnes.

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  10. Claire dit :

    Pas facile en effet. Déjà être présent pour la personne c’est important. Il me semble qu’une personne avait fait une série de plusieurs articles dans « Sous mon toit ». Mis à part ça, je peux pas t’aider mais je me doute à quelle point ça doit être difficile de voir une personne de son entourage souffrir et ne rien pouvoir faire!
    Courage.

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    1. ColombesMum dit :

      Merci pour tes conseils! Oui tu le résumés très bien. C’est dur d’assister impuissant à ça.

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      1. Claire dit :

        Oui c’est sûr mais c’est vraiment important de garder le lien. Courage

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  11. C’est une maladie tellement difficile et horrible… Bien trop de personnes en souffrent et c’est tellement dur d’être juste avec eux dans notre comportement… C’est possible de s’en sortir mais c’est long et difficile… Courage!!

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    1. ColombesMum dit :

      Merci Madame Bobette. Comme tu dis, oui, c’est très dur d’être juste. Et manger est aussi un acte social. Ca souleve des questions, nous renvoie à notre propre rapport à la nourriture, nous questionne sur pourquoi on mange. Souvent « parce que c’est comme ça ». Alors c’est dur d’aiguiller ces personnes dans le bon sens, de les accompagner et surtout de leur donner le petit déclic…

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  12. Our Little Kosmos dit :

    Que dire et que faire… Je crains que l’on ne se sente souvent démunis. Bon courage !

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  13. madamelavande dit :

    Je n’ai jamais été confrontée à cette maladie de près mais j’imagine combien cela doit être déstabilisant de voir un proche sombrer peu à peu sans que l’on sache quoi faire pour l’aider ! Courage…

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    1. ColombesMum dit :

      Merci. Quelle chance tu as de ne pas connaître ça. Oui c’est une lente descente aux enfers comme beaucoup d’addictions!

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  14. Ton texte est juste, dur, mais juste… Pas facile d’être présent sans être jugeant, de soutenir sans réagir. Courage.

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    1. ColombesMum dit :

      Merci tamia pour ton petit mot.

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    2. mamanpavlova dit :

      Le jugement des autres c’est ce qui est le plus affreux dans la maladie …

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  15. missnounours dit :

    Article intéressant mais tellement vrai malheureusement sur ce mal être qui touche pas mal de jeunes filles ou femmes. J’ai deux amies qui en ont souffert dont l’une est encore malade à ce jour mais cette dernière refuse de s’alimenter correctement et là elle commence à avoir des problèmes de santé. Je ne sais pas trop comment l’aider surtout qu’elle est adulte (nous avons le même âge) donc plus compliquer pour lui faire prendre conscience qu’elle est en train de bousiller sa vie.

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    1. ColombesMum dit :

      Merci pour ton commentaire Missnounours. C’est vrai que c’est très difficile d’aider. Les « malades » de cette maladie ont beaucoup de mal à en parler. C’est tabou. Et ils ne réalisent pas l’impact de leur « addiction ». Je compare ça à de l’alcoolisme. Ca bousille tout…Il faut être présent mais les aiguiller vers de l’aide externe, je pense.

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      1. mamanpavlova dit :

        En parler c’était impossible pour moi , je ne me pensais pas malade 😅 … plein de courage pour aider ton amie …

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      2. ColombesMum dit :

        Oui j’imagine bien que c’est ce qui est pervers. Comme beaucoup de situations on ne réalise pas bien quand on est dedans. C’est une maladie vraiment destructrice et très taboue je trouve

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      3. mamanpavlova dit :

        Oui mais l’horreur de cette maladie c’est que l’on se sens vraiment ni malade , ni compris … je me trouvais obèse ( oui oui ) dans du 34 … on pense que les gens nous mentent bref c’est très pervers car c’est une maladie invisible , comme toute les maladies mentzle , et que les gens peuvent penser que c’est un caprice , ou un moyen d’attirer l’attention alors que c’est une maladie …

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      4. ColombesMum dit :

        Oui je suis d’accord. C’est une souffrance avant tout plutôt qu’un moyen d’attirer l’attention. C’est une maladie qui est sourde mais qui dit beaucoup sur soi. Peux tu nous donner quelques conseils sur ce qui a marché pour toi? Si tu le souhaites bien sûr.

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      5. mamanpavlova dit :

        Oui avec plaisir . Pour moi l’anorexie a commencé au lycée , j’étais en internat et j’ai eu une copine de chambre qui est arrive malade . Sa mère l’avait mis en internat sous conseil du médecin pour l’aider à guérir . Enfaite elle est juste devenue notre gourou … quand ma mère m’a vue fondre à vue d’œil et sauter les repas ( le week-end … car la semaine j’étais loin donc elle ne voyait pas mon manège en internat ) elle m’a envoyé 2 mois dans ma famille à l’étranger. Ma tante a supprimer de la maison les balances et m’a fait manger manger toute la journée en tt petite quantité sans vraiment que je m’en aperçoive . J’étais en paréo toute la journée … quand à la fin de l’été mes parents sont venu me chercher avec des vêtements de ville je ne rentrais dans plus rien … j’avais pris 5kilo j’avais faim de nouveau . Mais de retour à l’internat j’ai plongé dans la boulimie … c’est avec une volonté de fer et beaucoup de mal que j’ai réussi petit à petit a coupé avec la maladie . Mais mon déclic a été l’hospitalisation 2 fois 6 mois du gourou … je ne voulais pas « finir comme ça » bref à l’âge adulte difficile de faire ce que j’ai eu la chance e de faire à adolescence …

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  16. mamanpavlova dit :

    Pour avoir vécue dans ma chaire cette maladie de pute a l’adolescence pendant 3 ans … je ne comprends que trop … le plaisir de ressentir la faim. J’étais un cadavre quand je vois les photos de l’époque … si à l’époque je le voyait maintenant une fille qui fait du 38 j’en serais morte … bref courage on s’en sort , mais ça laisse des marques …

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    1. ColombesMum dit :

      Merci pour ton témoignage porteur d’espoir. C’est une saleté de maladie, alors je suis contente de lire qu’on peut en réchapper.

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      1. mamanpavlova dit :

        Oh oui on peut ne t’en fais pas … mais c’est long , et je reste « obsédé » par la nourriture , je ne peux pas sauter de repas , ne pas savoir si on aura à manger ( en ballade par exemple ). Cela fait plus de 12 ans que j’en suis sortie donc oui plein d’espoir et maintenant j’adore les burger ( maison !) impensable a l’époque !!!

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