J’ai rencontré le papa d’un papillon

(Illustration d’en-tête crédits Unsplash – Melissa Chabot)

C’était il y a plus d’un an. Il allait être papa. Même terme que moi à 1 ou 2 mois près.

On se réjouit tous.

Je suis en congé mat. J’apprends l’horreur…Il n’y aura pas de bouquet pour eux, pas de félicitations, que des sourires gênés, des yeux qui se baissent, et on n’en saura jamais plus. Un mur de silence. Un désert de larmes séchées.

Ils avaient tout préparé. La chambre, le berceau, le prénom. 5 semaines avant. Quelle horreur. Et quel manque de chance…

Tu culpabilises, toi, d’avoir ton bébé en bonne santé ; et surtout, en sa présence, tu changes de sujet immédiatement, dès que tu peux.

Jamais il ne t’en a parlé, et pourtant il sait que tu sais.  Que pense t-il, que tout le monde est au courant et en parle ?

L’espace d’un instant, tu penses qu’il ne souffre pas, il n’en parle jamais…On n’a jamais rien su…

Un jour tu tombes par hasard sur un très bel article via Facebook (lien ici et ci-dessous en bas de l’article). Les bébés papillons. Cet article te fait pleurer, en pensant à eux. Très émouvant. Cet article te marque comme un fer sur ta peau. Une empreinte indélébile y est inscrite. Les bébés papillons sont là pour nous aider à mieux savourer, comprendre le sens de la vie. Ok, c’est beau, c’est poétique, mais quelle souffrance « gratuite » quand même…Comment donner sens à tout cela… ? Comment peut-on s’en remettre ? Tu frissonnes d’effroi, toujours…

Tu penses à lui, à eux, et, dans le train, tu verses quelques larmes.

J’ai tellement mal pour eux. Je souffre de voir leur incommensurable peine. Sa peine d’autant plus aphone. Et puis, un jour, il t’en parle. Il se confie à toi. Mais avant cela il t’a annoncé quelque chose…Une petite bonne nouvelle que tu as envie de réchauffer au creux de tes mains, de garder comme un secret, de couver comme un prématuré en danger…

Ils attendent donc à présent une bonne nouvelle. Tu sautes de joie. Tu ressens un tel bonheur pour eux, pour elle que tu ne connais pas. Les mois passent et tu es pendue à tes mails. Les contractions de sa femme te font l’effet de lames de rasoir. Elles te vrillent le cerveau.

Pas d’élevage de papillon, par pitié…

Il devient de plus en plus stressé…

Un matin, il est off. Tu crains le pire. Que s’est-il passé ?

Et puis un collègue te l’annonce. Il a eu son bébé…Tu souffles, tu as l’impression d’avoir joué ta vie…Tu es tellement contente, pour lui, pour eux.

 

Il t’a dit un jour qu’il avait remarqué que tu changeais de sujet et que tu ne parlait pas « bébé », et il avait apprécié. Et certains n’ont jamais eu cette délicatesse…

A tous les enfants papillons qui virevoltent dans le ciel. Pour qu’on ne les oublie pas, et à tous les parents en souffrance, car la peine ne s’effacera jamais, même si le temps peut l’estomper un peu. Mais elle résonnera sans doute toujours dans les coeurs assombris par la vie parfois bien cruelle.

***

« A propos des bébés papillons

Connaissez-vous les bébés papillons ?
Mon petit-fils Amaël en est un. Son papa et sa maman avaient déjà fait deux jolis bébés, deux petits garçons adorables, coquins, beaux, intelligents… (Non ! Je ne dis pas ça parce que je suis leur grand-mère !).

Du coup, ils ont bien eu envie de continuer, et sans le savoir, ils ont fait un bébé papillon.
Les bébés papillons sont apparemment comme les autres. Apparemment seulement. Ils apparaissent et prennent vie dans le petit cocon du ventre de leur maman, et comme les autres, ils lancent aussitôt des petits grappins d’amour dans les cœurs de toutes les personnes de leur entourage.

Amaël a bien accroché le mien, je l’ai bien senti.

Ce sont des petits malins, ils font ainsi croire qu’ils sont bien arrimés et on ne se méfie pas en attendant leur naissance… Sauf que… Ils ont un secret. Ils cachent soigneusement une petite paire d’ailes dans leur dos. Elles sont si fines et si transparentes qu’on ne peut pas les voir. Et puis un jour, alors que l’on pense qu’ils vont bientôt arriver, sortir du cocon comme les autres bébés, hop ! Ils déploient d’un coup leurs ailes et passent à travers les filets de nos bras tendus pour les accueillir.

On reste stupéfaits, sans voix, les bras vides et le cœur déchiré par les petits grappins arrachés.
C’est ce qu’a fait Amaël, notre bébé papillon. Il s’est brusquement envolé. J’ai eu très très mal, et je me suis fâchée.

« Amaël ! Mince ! (En vrai, j’ai dit un plus gros mot…) Ça fait trop mal ! Pourquoi tu as fait ça ?! »

Amaël a souri en voletant, tout en prenant bien soin de rester hors de portée.

« Devine ».

« Ca suffit, Amaël ! Il me faut une explication ! Toute ta famille, nos amis, sont dévastés ! Tu ne vas pas t’en tirer comme ça ! »

Il continuait à voleter, à jouer avec le vent, de plus en plus haut. Il a dit : « Vraiment ? Tu ne sais pas ? ». Il a soupiré… « Bon, alors voilà : les bébés papillons ne sont pas faits pour grandir, ils doivent rester très légers tu sais. En fait, ils ont une autre raison d’être… »

Devant mon air furieux, il s’est empressé d’ajouter, avec un air aussi sérieux que le permettait sa petite bouille de bébé : « Les bébés papillons sont des professeurs. »

J’ai failli m’étouffer : « Des professeurs ? Tu te moques de moi ! Des professeurs de quoi ? »

« Des professeurs de vie, voyons ! Je suis venu pour vous rappeler à quel point la vie est fragile et précieuse pour que vous en preniez soin et que vous en profitiez mieux. A chaque instant il faut se le dire, aimer les siens et le leur faire sentir, souvent, éviter de se fâcher pour des bêtises, éviter de se faire du mal, s’amuser, être heureux, curieux de tout, tu vois, ce genre de trucs. Pour ça, la bonne méthode, c’est l’amour inconditionnel. Comme celui que vous aviez préparé pour moi. DU coup, celui-là qui m’était destiné, redistribuez-le, ça vous en fait plus. Moi j’en garde juste assez pour voler encore un peu plus haut… »

« Tout de même Amaël, elle est un peu dure cette leçon… »

Il a haussé les épaules. « Si vous aviez été un cas désespéré, ça n’en aurait pas valu la peine, mais je pense que vous êtes des élèves prometteurs… »

Il a souri et m’a adressé un petit signe de sa minuscule main. « Tu sais bien que je fais partie de vous… Je ne pars pas vraiment. »

Il était si haut que je ne le voyais presque plus… Et puis plus du tout. Mais étrangement, je le sentais autour de moi. Et je savais qu’il serait toujours là.

Merci, mon précieux petit bébé papillon, mon petit professeur de vie. Je n’oublierai pas ta leçon et je me charge de la rappeler moi-même à tous ceux que j’aime. Histoire de ne plus avoir besoin d’un autre bébé papillon…

Je t’aime. Mamie Babs.

Pour toi ma fille adorée, et pour ton merveilleux compagnon. »

 

 

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10 commentaires Ajoutez le vôtre

    1. ColombesMum dit :

      merci pour ton partage. Oh…je ne savais pas, quelle tristesse…j’imagine comme ça doit être dur…plein de réconfort et de bisous à ton petit papillon qui veille sur vous.

      J'aime

  1. MmeT dit :

    Ce texte est beau, si beau que j’en ai les larmes aux yeux….

    Aimé par 1 personne

    1. ColombesMum dit :

      merci MMET, c’est gentil, et touchant !

      Aimé par 1 personne

  2. C’est très beau ET touchant…

    J'aime

  3. maman2loulous dit :

    Magnifique et poignant, aussi bien ton récit que que celui de cette mamie !

    Aimé par 1 personne

  4. Claire dit :

    Le texte sur les bébés papillons est vraiment magnifique.
    J’ai aussi tendance à voir les choses de cette manière même si ça n’enlève pas la peine et la douleur.

    Aimé par 1 personne

    1. ColombesMum dit :

      Oui il est beau hein? Très emouvant

      Aimé par 2 people

      1. Claire dit :

        Oui, il est très touchant.

        Aimé par 1 personne

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